Grâce à ces manipulations, certains clients achetaient des modèles exclusifs, sans figurer dans la liste des acheteurs privilégiés.

Comme vous n'êtes sûrement pas sans le savoir, pour acquérir certaines voitures exclusives et limitées en nombre d'exemplaires, il faut parfois montrer son attachement et sa motivation à la marque en question.

C'est le cas par exemple chez Ferrari où certains modèles sont réservés à des clients qui ont déjà plusieurs Ferrari. C'est aussi véridique chez Porsche, où il est parfois nécessaire de posséder plusieurs Porsche pour qu'une concession daigne bien vous accorder le bon de commande de la dernière 911 GT3 RS, dont les dotations par concession sont souvent bien inférieures au nombre de demandes initiales.

Des pots-de-vin et une fraude fiscale

Cependant, certains dirigeants semblent avoir eu recours à d'autres pratiques pour attribuer ces fameuses voitures exclusives. En effet, Maurizio Parlato, ex-dirigeant de Ferrari en Amérique du Nord et ancien responsable chez Bugatti, a admis avoir encaissé environ 2,8 millions d'euros de pots-de-vin pour mettre le nom de certaines personnes tout en haut de la liste des clients pouvant accéder à l'achat d'une voiture exclusive, sans forcément posséder les critères requis.

Il en était de même pour certains concessionnaires qui pouvaient se voir attribuer un ou deux exemplaires de plus que prévu moyennant finance. Outre ces malversations, ce dernier a aussi admis avoir fraudé l'administration fiscale de plus de 1,1 million d'euros.

Une Ferrari LaFerrari à tout prix ?

L'information, rapportée par nos confrères de chez Jalopnik, révèle que Maurizio Parlato est accusé par le procureur du district du New Jersey d’avoir souscris à une fausse déclaration de revenus et de ne pas avoir établi de rapport sur ses comptes bancaires et ses placements financiers à l’étranger. En Espagne en l'occurrence. Suite à ça, l'ancien dirigeant a plaidé coupable tout en déclarant qu'il n'avait évidemment pas déclaré comme revenus à l’administration fiscale les 2,8 millions de dollars de pots-de-vin qu’il avait reçus.

Les documents judiciaires indiquent que Maurizio Parlato résidait du côté de la Floride et qu'il était PDG d'une "société A" basée à Englewood Cliffs, dans le New Jersey, de 2002 à 2009. Cette entreprise était chargée de la distribution de voiture fabriquée par la "société B", un "constructeur automobile de luxe" basé du côté de Maranello, en Italie.

Cette fameuse "société B", qui n'est autre que Ferrari bien évidemment, "produit des véhicules à tirage très restreint", et Maurizio Parlato "avait une certaine autorité sur les attributions de ces voitures". De ce fait, par déduction, la "société A" énoncée plus haut n'est autre que le siège de Ferrari North America basée effectivement à Englewood Cliffs, dans le New Jersey.

La "société B" a déclaré qu’elle lançait une supercar en 2013 et qu’elle n’en fabriquerait que 500 exemplaires, chaque modèle étant facturé "au prix conseillé de 1,4 million de dollars". Les 500 heureux propriétaires devaient être sur une liste approuvée pour acheter cette fameuse supercar qui, là aussi vous l'aurez reconnue, s'avère être la Ferrari LaFerrari.

Bugatti et Ferrari sur la défensive

Ce stratagème se serait déroulé entre 2015 et 2017, après la démission de Maurizio Parlato de son poste de patron de Ferrari North America, mais ce dernier aurait joué de sa position élevée au sein de cette industrie automobile pour faciliter l'accès à cette voiture à certaines personnes lui ayant versé des pots-de-vin.

À cette époque, Maurizio Parlato n'était donc plus chez Ferrari mais chez Bugatti en tant que Directeur Opérationnel de la firme en Amérique. En janvier dernier, ce dernier a d'ailleurs démissionné de ses fonctions après six ans de collaboration avec la firme de Molsheim en invoquant "des raisons personnelles" tout en ajoutant qu’il souhaitait "se concentrer sur de nouvelles entreprises" d'après Bugatti. Bugatti qui a jugé également utile de préciser que son siège se situait à Molsheim, en France, et non à Maranello et que la marque n'avait "aucun autre commentaire à faire".

Sa démission aurait-elle plutôt un rapport avec ses ennuis judiciaires à venir aux États-Unis ? En effet, ce dernier risque jusqu'à trois ans de prison et une amende de 250'000 dollars pour la fausse déclaration de revenus et jusqu'à cinq ans de prison et 250'000 dollars d'amende pour défaut de dépôt de rapport sur les comptes bancaires et placements financiers à l’étranger. Le verdict sera rendu le 12 janvier 2021.

Ferrari, qui est évidemment en ligne de mire, a tenu immédiatement à réagir face aux agissements de l'ancien patron de sa division nord-américaine. "Ferrari a été mis au courant de la situation et condamne un tel comportement, sous quelque forme que ce soit", a déclaré un porte-parole de la marque. "Nous avons pleinement coopéré avec les autorités compétentes et sommes satisfaits de voir que justice a été rendue", a-t-il ajouté.