L'organisation de protection de l’environnement met en avant, à travers une étude, l'effet néfaste de la croissance des ventes de SUV.

En l'espace d'un peu plus d'une décennie, les SUV ont su conquérir le cœur des automobilistes pour diverses raisons. Le style tout d'abord, plus robuste et vecteur, pour certains, de réussite sociale. L'habitabilité, moins bonne qu'à bord d'une berline ou d'un monospace, certes, mais meilleure que certaines compactes, est aussi un critère qui a séduit les clients.

Tout dépend des besoins et des envies de chacun, mais force est de constater que les SUV rencontrent un franc succès et les chiffres ne vont sans doute pas nous faire mentir. Pas plus tard que le mois dernier, les SUV se sont accaparé 41 % de parts de marché en France sur le canal des particuliers. Un nouveau record. Au total, en l'espace de dix ans, les ventes de SUV ont été multipliées par sept. Pourtant, dans un contexte de transition énergétique, les SUV ne sont pas forcément adaptés aux nouvelles normes environnementales.

C'est ce que le WWF, l’une des toutes premières organisations indépendantes de protection de l’environnement dans le monde, a pointé du doigt à travers une étude. L'organisation a ainsi apporté sa pierre à l'édifice dans une période où ce type de carrosserie est dans l'œil du cyclone, notamment par le législateur qui prévoit à court terme de s'attaquer à ce problème.

Comme le révèle l'étude menée par le WWF, les SUV sont en moyenne plus hauts, plus longs (+ 26 centimètres), plus larges (+ 10 centimètres), mais surtout plus lourds (+ 205 kilos) et plus puissants (+ 26 chevaux) que les voitures standards (moyenne des citadines et berlines pondérée par leur part de marché).

Un virage à 180° à opérer ?

Le WWF France a quantifié l’impact des ventes de SUV sur les émissions françaises de CO2 ces dix dernières années et leurs projections à l’horizon 2030 en s’appuyant sur un croisement de données du secteur de l’industrie automobile et d’institutions (Ademe, Aie, Iddri, Pfa, Rte...).

D'après les conclusions de cette étude, "les SUV émettent en moyenne 20 % de CO2 en plus par rapport à une voiture standard" et "ont une empreinte carbone sur l’ensemble du cycle de vie (fabrication, utilisation et fin de vie) plus importante qu’une voiture standard (1,3 fois plus) et encore plus importante qu’une citadine électrique (5,7 fois plus)".

Via les résultats de cette étude, le WWF France affirme que "si rien n’est fait pour ralentir et infléchir la courbe des ventes de SUV, la France ne pourra pas tenir ses engagements climatiques pour 2030".

L'électrification pourrait peut-être inverser la tendance, mais pas à tous les niveaux comme le précise à nouveau l'étude : "L’électrification du parc automobile au global ne constitue pas à elle seule la solution pour tenir les engagements climatiques en termes d'émissions de CO2. D'ici 2030, en électrifiant son parc automobile sans réduire les ventes de SUV, même électrique, la France ne tiendra pas les engagements qu'elle s'est fixés. Alors qu'en faisant reculer les ventes de SUV tout en électrifiant le parc automobile (berline et citadine électrique), la France respectera ses objectifs actuels climatiques".

Un argument économique qui entre aussi en jeu

Pour compléter son étude, le WWF France met aussi en avant l'impact des ventes de SUV sur le budget des ménages modestes en affirmant qu'effectivement, "rouler en SUV coûte plus cher", que "l’arrivée des SUV sur le marché de l’occasion pourrait faire grimper de 13 % le budget voiture des ménages modestes", tout en ajoutant que "cette recomposition du marché de l’occasion risque de renforcer les fractures sociales et les inégalités d’accès à la mobilité".

Des données intéressantes mises en lumière pour étayer cette étude, même si, à nos yeux, l'achat d'un SUV ne sera jamais un coût qui s'imposera aux ménages les plus modestes.

Le gouvernement aura un rôle à jouer

Le WWF France appelle donc le gouvernement "à inciter sans attendre les constructeurs à privilégier des solutions plus légères, moins dommageables au climat et plus favorables à leur pouvoir d’achat", tout en pointant du doigt l'inefficacité du dispositif de bonus et de malus qui ne cible que les émissions à l'échappement.

L'organisation appelle donc le gouvernement à renforcer et restructurer la fiscalité automobile "autour du critère complémentaire du poids pour intégrer l’ensemble des externalités environnementales de la voiture". Une idée qui a déjà refait surface récemment au sein du gouvernement lors de l'étude des propositions faites par la Convention Citoyenne pour le Climat.

Une proposition qui a été balayée d'un revers, et qui ne sera pas intégrée au projet de loi de finances pour 2021 comme l'a indiqué le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire. Néanmoins, cette proposition reviendra sûrement sur le devant de la scène d'ici quelques mois.