L'Audi Q2 et le Mini Countryman en ligne de mire.

En juin 2019, DS fêtera ses cinq années d'existence à part entière. Cinq ans pour un constructeur automobile, ce n'est aujourd'hui quasiment rien face à plusieurs marques qui affichent des décennies voire même un centenaire, comme c'est le cas cette année de Citroën ou encore de Bentley. Dans le contexte actuel, façonner, créer, fabriquer une marque automobile est un défi colossal où les émissaires d'un tel projet sont quasiment certains d'y laisser quelques plumes, si ce n'est plus. Pour être tout à fait honnête, au vu des nomenclatures actuelles, seule une marque sous perfusion d'un grand groupe, en l'occurrence PSA pour DS, peut espérer pérenniser son avenir.

Aujourd'hui, avec la présentation du nouveau DS 3 Crossback, la jeune marque française nous dévoile son deuxième produit estampillé DS après le DS 7 Crossback. Deux voitures aboutis et d'ores et déjà commercialisés en l'espace de cinq ans, force est de constater que tout va très vite pour DS. Et aller vite, il le faut. Le plan produit est très clair : sept nouveaux modèles d'ici 2024. Mieux encore, pour faire face aux nouvelles normes européennes toujours plus drastiques, d'ici 2025, DS ne présentera plus aucune nouveauté avec un moteur thermique. C'est clair, net et précis, DS, et le groupe PSA d'une manière plus général, sous l'impulsion d'un Carlos Tavares ambitieux, ont clairement pris les devants concernant l'avenir de l'automobile.

Essai DS 3 Crossback 2019
Essai DS 3 Crossback 2019

Néanmoins, nous n'en sommes pas encore là. Même si DS proposera, d'ici la fin de l'année, une variante 100 % électrique de son DS 3 Crossback baptisée E-Tense, aujourd'hui nous nous concentrons sur cette nouvelle voiture qui, en plus de ça, inaugure une nouvelle plateforme : la CMP (pour "Compact Modular Plateform"). Celle que nous retrouverons également sous la nouvelle Peugeot 208 est une nouvelle architecture multi-énergies capable de recevoir une motorisation thermique ou un moteur 100 % électrique. Tout cela, nous y reviendrons plus tard, mais pourquoi nous vous parlons de ça d'emblée ? Tout simplement car cette plateforme, réservée aux véhicules compacts de chez PSA, influe très clairement sur le design de la voiture. Vous aurez sans doute remarqué que la DS 3 Crossback et la nouvelle Peugeot 208 sont deux voitures compactes mais qui affichent une certaine prestance grâce à des formes généreuses et même presque bodybuildées avec des largeurs de voies accrues.

Le design, la clé du succès ?

Le design est très certainement l'un des éléments clés de ce nouveau DS 3 Crossback. Pourquoi ? Car il s'agit tout simplement du critère numéro un des clients lors de l'achat d'un véhicule. Même si ce critère demeure subjectif, force est de constater que la voiture possède une aura assez particulière. Nous ne sommes pas face à un "petit" DS 7 Crossback sorti tout droit de la photocopieuse, mais bien face à une nouvelle voiture à l'identité bien distincte. Sans vous citer tout ce qui lui donne cette bouille reconnaissable entre mille, nous retiendrons simplement quelques éléments marquants. Ces optiques à l'avant par exemple, extrêmement travaillées et qui ont dû donner du fil à retordre aux designers pour incorporer de manière élégante et industrialiser cette pièce très complexe. Les poignées affleurantes, qui ne sont pas sans rappeler les Tesla, devraient plaire également aux clients. On retrouve aussi un petit décroché de carrosserie au niveau de la porte arrière, façon aileron de requin, qui vient manger un peu sur la surface vitrée et qui fait écho à la DS 3 "classique". Avec, en plus de ça, une ceinture de caisse très haute pour renforcer le côté robuste de la voiture, les passagers arrière n'auront que très peu de visibilité. Enfin, d'un point de vue strictement personnel, l'arrière, et notamment les optiques, rappellent celui du Maserati Levante. L'épaisseur et la largeur du diffuseur qui englobe les deux sorties d'échappement nous font penser au Jaguar E-Pace.

D'une manière générale, nous ne pouvons que saluer l'audace et les partis pris des équipes de design. La voiture ne ressemble à aucune autre et s'inscrit parfaitement dans la tendance actuelle, c'est-à-dire celle des petits SUV de segment B. Néanmoins, comme pour le DS 7 Crossback et toujours d'un point de vue strictement personnel, DS en fait peut-être trop concernant l'usage de certains matériaux, un peu trop clinquants, comme par exemple la multiplication d'éléments chromés sur certaines finitions. C'est un peu comme une jeune femme ou un jeune homme à la rentrée des classes, au physique très avantageux, mais qui veut en faire un peu trop en montrant tous ses nouveaux habits dès le premier jour. Tout ça pour dire que le coup de crayon est harmonieux, mais qu'il mériterait un habillage peut-être un peu plus sobre et moins chargé. Mais dans tous les cas, il n'y a pas de vérité générale concernant le style d'une voiture, il n'y a qu'à tendre l'oreille lorsque nous déambulons dans les rues de Draguignan à bord de notre DS 3 Crossback pour nous en rendre compte : "Oh, elle est magnifique celle-là", s'exclame un enfant. La vérité sort toujours de la bouche des enfants, comme on dit.

Essai DS 3 Crossback 2019
Essai DS 3 Crossback 2019

Des partis pris aussi à l'intérieur

Une fois à l'intérieur, comme à l'extérieur, le DS 3 Crossback possède une identité singulière. C'est en réalité sa console centrale qui concentre toute l'attention avec une ergonomie très particulière qui n'a pas plu à certains de nos confrères. Qu'importe, comme tout, on s'y fait, surtout un client qui utilisera la voiture bien plus régulièrement qu'un journaliste automobile. La disposition des commandes physiques, regroupées au sein d'une pièce qui assemble plusieurs losanges, est une petite prouesse en matière de style, et une nouvelle fois nous ne pouvons que saluer l'audace des designers. Dans le fond, nous regrettons l'usage de certains matériaux comme le plastique sur certaines parties où on aurait préféré voir de l'aluminium brossé. C'est également le cas pour certains plastiques bas, clairement pas premium et qui auraient mérité un tout autre traitement. Certainement une question de réduction des coûts mais tout de même. C'est dommage puisque ça rompt globalement avec le reste et notamment le cuir à profusion qui immacule notre modèle d'essai. Sur la planche de bord, le volant, les sièges... C'est tout simplement splendide et n'ayons pas peur de le dire : DS propose aujourd'hui avec sa sellerie en cuir façon bracelet de montre, l'un si ce n'est le plus beau cuir de l'industrie automobile. Pour la petite histoire, il provient de bovins élevés en plein air, dans les herbes hautes et vertes de Bavière, où aucune clôture métallique ne viendra leur entailler la peau.

Essai DS 3 Crossback 2019
Essai DS 3 Crossback 2019

On a globalement apprécié le confort à bord, notamment des sièges grâce à leur mousse à haute densité, une technologie déjà utilisée sur le Citroën C5 Aircross. En termes d'habitabilité, avec une longueur de 4,12 mètres, il ne faut pas s'attendre à des merveilles, mais nous avons toutefois été surpris de l'espace à bord où mon mètre 82 s'est facilement glissé aux places arrière. L'espace à la tête est également bon, attention toutefois à l'entrée et à la sortie en raison de la découpe de caisse. C'est aussi bien, voire même mieux qu'un Audi Q2, pourtant huit centimètres plus long. Concernant le coffre, DS annonce un volume de 350 litres et même jusqu'à 1050 litres une fois la banquette rabattue.

Des qualités routières de haut niveau

Une fois les présentations effectuées, il est temps de prendre place derrière le volant. Pour notre modèle d'essai, nous avons bénéficié d'une version essence trois cylindres PureTech 1,2 litre de 155 chevaux et 240 Nm de couple. Ce moteur, nous le connaissons déjà plutôt bien puisqu'il s'agit d'une évolution du 1,2 litre qui développe 130 chevaux. Ce dernier est d'ailleurs disponible au catalogue du DS 3 Crossback. Pour parvenir à extraire 155 chevaux, les ingénieurs ont revu quelques éléments notamment au niveau du carter et des têtes de cylindre. Dans les faits, cela nous donne un moteur plutôt vigoureux et tonique, même si les différences avec le 130 chevaux ne doivent pas être si éloignées. Les reprises doivent certainement être un peu meilleures. On apprécie globalement l'agrément de ce petit trois cylindres, assez vif à bas régime mais un peu moins un peu plus haut dans les tours. Un caractère typique des trois cylindres. Concernant les consommations, nous avons relevé sur un parcours de 188 kilomètres environ 7,4 l/100 kilomètres avec environ 60 % d'autoroutes. Plutôt correct pour un moteur essence, tout en sachant qu'en dehors des autoroutes nous avons arpenté les routes vallonnées de l'arrière-pays niçois. On regrette cependant sa sonorité un peu trop présente à bord. Étrange tout en sachant que les bruits aérodynamiques et de roulements sont globalement imperceptibles.

Essai DS 3 Crossback 2019
Essai DS 3 Crossback 2019

En termes de comportement routier, nous avons été surpris sans vraiment l'être à vrai dire. Tout simplement parce qu'il s'agit d'un châssis venant tout droit de chez PSA, et comme d'habitude nous ne sommes pas déçus. Les ingénieurs ont une nouvelle fois réussi à rassembler deux qualités antinomiques que sont le confort et le dynamisme. Les suspensions sont tarées de sorte à ce que les mouvements de caisse soient suffisamment contenus lors des prises d'appui, sans pour autant faire de la voiture un bout de bois et taper jusqu'à la butée à chaque compression. Que dire également du toucher de route, auparavant indissociable de Peugeot et maintenant largement repris chez DS. C'est précis, rassurant, dynamique... bref, c'est une référence. Allez puisque tout ne peut pas être parfait, nous avons noté un seul petit défaut : la direction assez imprécise au niveau du point milieu qui oblige à donner un peu trop d'angle au volant. Lorsque l'on active le mode "Sport", la direction prend un peu plus de consistance mais ça devient un peu trop artificiel et ça manque globalement de naturel. Un élément étrangement corrigé sur les prototypes de DS 3 Crossback E-Tense que nous avons pu prendre en main durant une courte session d'essai.

Essai DS 3 Crossback 2019
Essai DS 3 Crossback 2019

Vous l'aurez compris, sur la route, le DS 3 Crossback coche quasiment toutes les bonnes cases. Pourtant, ce n'était pas forcément gagné pour un SUV. La prise en main de cette nouvelle plateforme CMP n'augure que du bon pour la prochaine Peugeot 208 qui partagera quelques éléments. On apprécie également le niveau de technologies du petit SUV premium français qui, pour le coup, surpasse assez aisément quelques-uns de ses homologues allemands. Sans tous vous les citer, nous retrouvons par exemple le régulateur de vitesse adaptatif, l'aide au maintien dans la voie, la reconnaissance des panneaux de signalisation, la surveillance des angles morts ou encore le freinage automatique d'urgence. Le DS 3 Crossback entre dans la danse avec de vrais atouts et surtout des systèmes d'aide à la conduite dignes du segment supérieur.

Le mot de la fin

Concernant les tarifs, si le DS 3 Crossback s'affiche à partir de 23'500 euros, segment premium oblige, les clients se laisseront tenter par les nombreuses finitions et inspirations disponibles au catalogue. Pour le cœur de gamme comptez environ 30'000 euros et environ 40'000 euros pour notre version d'essai bardée de pratiquement tous les équipements possibles. C'est cher effectivement puisque les tarifs sont sensiblement calqués sur ceux de l'Audi Q2, mais pour le coup DS ne se cache pas et vise clairement la firme aux anneaux. Le Q2 disposera en revanche de quelques éléments en plus comme la suspension pilotée, la transmission intégrale ou encore un moteur essence plus puissance de 190 chevaux, mais DS se distinguera d'ici la fin de l'année avec une version 100 % électrique, clairement plus dans l'air du temps. Le DS 3 Crossback sera disponible en concession à partir du mois de mai 2019.

Que retenir de ces premiers tours de roue à bord du DS 3 Crossback ? Beaucoup de choses, et nous ne pouvons que saluer le travail réalisé par DS en l'espace de si peu de temps. Construire une marque aujourd'hui, dans un contexte largement défavorable à l'automobile, est une mission compliquée qui, en plus de ça, prendra quelques décennies avant de porter véritablement ses fruits. Si DS vise aujourd'hui les constructeurs premium, c'est d'abord grâce à des produits aboutis qui, pour un premier jet, n'ont clairement pas à rougir face aux mastodontes. Comme c'est de coutume en France, on enterre souvent un projet avant même qu'il sorte officiellement de terre. Ce fût le cas au lancement de la marque en 2014. Quasiment cinq ans après, même s'il reste du chemin à parcourir, force est de constater que le décollage est réussi avec le DS 7 Crossback et la mise en orbite est proche avec le DS 3 Crossback. L'atmosphère a beau être semé de débris en tout genre, DS, et le groupe PSA d'une manière plus générale, peuvent être confiants.

 
Points positifs Points négatifs
Châssis excellent Quelques plastiques pas dignes du segment premium
Compromis parfait entre confort et dynamisme Bruit du moteur essence omniprésent
Design intérieur et extérieur hors du commun Direction trop artificielle
 

DS 3 Crossback - 1,2 litre PureTech 155 chevaux EAT8

Motorisation Essence PureTech, trois cylindres en ligne, 1199 cm³, turbo
Puissance 155 chevaux / 240 Nm
Transmission Boîte automatique à huit rapports - EAT8
Type de transmission Traction
0-100 km/h 8,2 secondes
Poids 1205 kg
Volume de coffre 350 à 1050 litres
Economie de carburant Urbain : 6,5 l/100 km / Extra-urbain : 4,9 l/100 km / Mixte : 5,5 l/100 km
En vente 2019
Prix de base 23'500 €
Prix de la version testée 42'100 €

Galerie: Essai DS 3 Crossback (2019)