Baptisé "Re-Factory", le site sera constitué autour de quatre pôles de compétences tournés vers l'efficience sur tous les plans.

L'usine Renault de Flins fut longtemps, depuis sa création en 1952 même, le porte-drapeau de la firme au Losange. En l'espace de quasiment 70 ans d'existence, l'établissement a vu passer pas moins d'une vingtaine de modèles différents, notamment des véhicules à volume comme la Dauphine en 1956 ou encore les R8, R4, R5, Clio et autres Twingo. Cette dernière y a d'ailleurs été fabriquée jusqu'en 2007 avant de partir en Slovénie.

La Clio suivra les traces de la Twingo en disparaissant quelques années plus tard pour être produite à Bursa, en Turquie. Depuis 2012, c'est la Renault Zoé qui anime les chaînes de production de l'usine de Flins, au côté de la Nissan Micra depuis 2016, elle qui partage de nombreux éléments avec la Renault Clio IV. Vous l'aurez compris, l'usine est loin d'être saturée, même si, en 2018, Renault avait annoncé le doublement de la capacité annuelle de production de la Zoé pour la porter à 120'000 unités d'ici 2022.

Renault usine de Flins
La Renault 18 fut fabriquée de 1978 à 1986 au sein de l'usine de Flins, dans les Yvelines.

Malheureusement tout ne se passe pas comme prévu puisque, l'an passé, seulement 64'061 Zoé ont quitté les chaînes, auxquelles il faut ajouter 41'931 Clio IV et 54'118 Nissan Micra. Flins a donc produit 160'110 véhicules, bien loin de ses capacités de production maximale. Et malgré des ventes de Zoé en hausse cette année, l'année 2020, gangrénée par la pandémie, ne devrait pas être plus reluisante pour l'usine.

Le groupe Renault, qui est en pleine restructuration à un peu près tous les niveaux, va entamer une profonde mutation de son site de Flins. Plus aucune voiture neuve ne sera produite là-bas après 2024, la prochaine génération de Zoé déménagera à Douai et la Micra trouvera sans doute sa place sur un nouveau site européen de l'Alliance. Renault veut faire de ce site une usine multidisciplinaire baptisée "Re-Factory". Le groupe affirme qu'il s'agira "de la première usine européenne dédiée à l'économie circulaire de la mobilité." Quatre grands pôles constitueront le site des Yvelines : Re-Trofit, Re-Energy, Re-Cycle et Re-Start.

Le pôle Re-Trofit

Le pôle Re-Trofit, qui porte bien son nom vous allez le voir, pourra employer près de 1000 personnes : "ce pôle regroupera l’ensemble des activités permettant d’allonger la durée de vie des véhicules et de leurs usages, en coordination avec le pôle Re-Cycle afin d’assurer une gestion efficiente des flux de pièces et matières usagés au sein d’un même site."

"Il intégrera une Factory VO pour le reconditionnement des véhicules d’occasion, une activité de retrofit pour la conversion de véhicules thermiques vers d’autres énergies moins carbonées, des services de réparation des flottes de véhicules et des nouvelles mobilités, ainsi qu’un service de fabrication de pièces rares à partir d’imprimantes 3D. Il s’appuiera aussi sur un centre de test et prototypage sur la durabilité des véhicules et des matières, pour enrichir la conception de futurs véhicules et proposer des améliorations en cours d’usage."

Le pôle Re-Energy

Pour cette partie, la marque française "entend faire passer à l’échelle industrielle le potentiel d’applications découlant de la batterie électrique et des nouvelles énergies (optimisation de la première vie des batteries, développement d’applications en seconde de vie comme le stockage stationnaire d’énergie, gestion de la fin de vie des batteries, élaboration de solutions techniques et d’approvisionnement pour les nouvelles énergies comme l’hydrogène)."

Le pôle Re-Cycle

Encore une unité qui porte bien son nom puisque ce pôle, qui intègre les activités de l'usine de Choisy-le-Roi et les salariés qui veulent poursuivre à Flins, Renault souhaite rassembler "toutes les activités du groupe contribuant à une gestion efficiente de la ressource et de ses flux pour favoriser un approvisionnement de pièces et matières en boucles courtes et intégrer une part croissante de matériaux recyclés ou réemployés (installation d’une ligne de démantèlement de véhicules hors d’usages, extension des activités de remanufacturing, de réemploi et de recyclage des matériaux)."

Le pôle Re-Start

Avec cette unité, Renault souhaite "valoriser et développer les savoir-faire industriels, mais aussi accélérer la recherche et l’innovation en matière d’économie circulaire, ce pôle projette d’héberger un incubateur ainsi qu’un pôle universitaire et de formation."

De nouveaux emplois à venir ?

Pour le moment, Renault n'a pas encore évoqué les questions concernant les éventuels emplois à venir, le groupe étant, pour le moment, dans une phase de suppression de postes plutôt que d'embauche. Le constructeur va proposer aux salariés de Flins, dès le premier quadrimestre 2021, des formations pour acquérir les compétences nécessaires à la future vie de l'usine. De plus, Renault s'est engagé sur le maintien de 1700 à 2100 emplois tout en espérant faire croître ce chiffre à 3000 à l'horizon 2030.

Luca de Meo, le directeur du groupe Renault, se veut optimiste concernant la mutation de cette usine emblématique du groupe : "Avec la Re-Factory, Flins va devenir une référence européenne en matière d’économie circulaire. Elle va permettre au groupe de répondre aux enjeux qui se posent aujourd’hui, et plus encore demain, aux acteurs de la mobilité et à ceux de l’automobile. Cette usine, avec un objectif de bilan CO2 négatif à 2030, s’inscrit pleinement dans la stratégie globale du groupe en alliant économie circulaire, réduction des émissions, développement des compétences et création de nouvelles activités générant de la valeur."

Même son de cloche du côté de Jean-Dominique Senard, le président du groupe Renault : "Cette annonce concrétise un travail remarquable des équipes de Renault et des concertations constructives avec nos parties prenantes dont les collectivités locales. La Re-Factory est un nouveau souffle pour Renault, ses salariés et pour l’ensemble du dynamisme du territoire. Ce projet s’appuie sur notre engagement pionnier dans l’économie circulaire, sur nos valeurs, sur nos savoir-faire et répond pleinement à notre ambition de transformer positivement notre industrie."