Pour Angela Merkel, il est impératif de ne pas précipiter la mort du moteur thermique, pour des raisons économiques et sociales.

En Europe, la chasse au moindre gramme de CO2 orchestrée par Bruxelles a quasiment sonné la fin du moteur thermique. Seuls les véhicules hybrides rechargeables pourront sans doute encore survivre quelques années avec un moteur thermique à bord, mais la sentence devrait être la même que les modèles 100 % thermiques à l'avenir.

En Grande-Bretagne, la vente de véhicules neufs thermiques sera interdite dès 2030, tandis que les hybrides rechargeables bénéficieront d'un répit de cinq ans avant de suivre le même chemin en 2035. Nous nous orientons donc vers un parc automobile 100 % électrique à l'avenir, mais la transition sera lente et certainement semée d'embûches, bien au-delà de l'automobile à proprement parler.

Les dangers d'une transition trop rude

Angela Merkel s'est d'ailleurs exprimée à ce sujet, et c'est assez rare pour le souligner, la chancelière allemande étant plutôt discrète quand il s'agit d'aborder des sujets liés à l'automobile, notamment en Allemagne où le lobbying est encore très puissant.

À l'occasion d'une conférence avec la confédération des patrons allemands, la chancelière pense que la fin de vie prématurée du moteur thermique pouvait être dangereuse"Nous devrons bien sûr encore compter sur les moteurs à combustion interne au cours des prochaines années", précise-t-elle, tout en soulignant les dangers que cela pourraient représenter sur le plan économique et social.

Angela Merkel a d'ailleurs confirmé la création d’un groupe de travail combinant représentants du gouvernement et de l’industrie pour déterminer comment accompagner au mieux les directives imposées par l’Union européenne, dont la norme Euro 7 qui pointera le bout de son nez en 2025 et qui s'annonce d'ores et déjà comme le coup de massue pour les moteurs thermiques.

Des conséquences sur les emplois

Rappelons que l'industrie automobile allemande a bâti son expertise autour des motorisations thermiques, même si une transition s'amorce peu à peu autour du tout électrique, avec la Volkswagen ID.3 par exemple, ou encore le nouveau BMW iX3. Mais leur avance en matière de technologies s'articule essentiellement autour des moteurs essence et diesels, avec des investissements récents non-négligeables pour les rendre toujours plus "propres".

Ces investissements pourraient se transformer en simple dépense si les constructeurs allemands ne peuvent pas rentabiliser ces efforts financiers, parfois consentis au détriment du développement de solutions alternatives, comme l'électrique notamment. Un constat qui inquiète Angela Merkel, qui est consciente du poids de l’industrie automobile dans son pays et des conséquences sur l’emploi si la disparition des moteurs thermiques est bien actée.

Certains constructeurs allemands ont déjà entamé une profonde mutation de leur industrie, non sans conséquence sur l'emploi, à l'image de Porsche qui a annoncé reconvertir un quart de son personnel vers d'autres domaines d'activité, tout en se séparant également d'une bonne partie d'entre eux, les besoins en main d’œuvre étant moindre sur les moteurs électriques. Daimler, BMW et le groupe Volkswagen ont déjà préparé le terrain en annonçant que cette transition brutale ne serait pas sans conséquence sur l'emploi au sein de leur structure.