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Dans l’ombre de la Deuche : retour sur la Citroën Dyane (1967-1983)

La version utilitaire Acadiane a même survécu jusqu’en 1987

Citroën Dyane

Photo: Citroën

Par: Roland Hildebrandt

Traduit par: Emmanuel Rolland

Publié par: Emmanuel Rolland

18 Oct à 15:17

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Les héritières potentielles d’une voiture culte ont rarement la tâche facile. Même lorsqu’elles partent d’une bonne intention, l’histoire ne retient souvent d’elles qu’une note de bas de page. C’est aussi le cas de la Citroën Dyane, dont la production débute en 1967. À l’occasion de la présentation du 2CV Concept au Mondial de l’Auto de Paris 2026, retour sur la sœur anguleuse de la célèbre « Deuche ».

L’idée derrière la Dyane n’a pourtant rien d’absurde : à la fin des années 1960, la mythique 2CV, la fameuse « Deuche », approche déjà les vingt ans. Une modernisation s’impose, d’autant que Renault a installé depuis 1961, avec la R4, une rivale aussi pratique qu’extrêmement populaire. Citroën souhaite en outre combler l’écart entre la 2CV minimaliste et l’Ami 6, plus grande.

Mais l’histoire ne se déroule pas comme prévu. Alors que la version particulière de la Dyane restera toujours dans l’ombre de la 2CV originelle, c’est précisément sa déclinaison utilitaire qui deviendra une véritable réussite : lancée en 1978, l’Acadiane démontre à quel point le concept fonctionne parfaitement comme petit véhicule professionnel.

Les origines : un développement sous l’égide de Panhard

Le nom « Dyane » trouve ses racines chez Panhard, constructeur historique avec lequel Citroën fusionne en 1967 et qui a notamment produit le modèle « Dyna ». C’est également chez Panhard qu’est menée l’essentiel du développement du nouveau modèle. Officiellement, Citroën ne parle jamais de remplaçante directe de la 2CV, mais il suffit d’observer son design pour que les rumeurs s’emballent.

Citroën Dyane

Citroën Dyane

Image : Citroën

À peine plus longue que la Deuche, la Dyane paraît plus lisse, plus tendue et plus moderne, sans pour autant renier totalement la silhouette familière. Le hayon et le pare-brise sont nettement plus grands, mais sous la carrosserie, la parenté reste évidente : le châssis et les moteurs, des bicylindres à plat refroidis par air, proviennent directement de la 2CV. La Dyane de base, proposée brièvement, tire de ses 425 cm3 une puissance modeste de 18 ch. Suivront ensuite des versions de 24, 28 et 32 ch, sans jamais dépasser 602 cm3 sous le capot.

Pourquoi la Dyane n’a jamais vraiment percé

Au total, Citroën produira la Dyane pendant 16 ans, jusqu’en 1983, à plus de 1,4 million d’exemplaires, notamment dans l’ex-Yougoslavie ainsi qu’en Iran. En Allemagne, exactement 22 367 unités seront vendues ; elles y sont aujourd’hui devenues de vraies raretés. Même si 1,4 million de voitures reste un chiffre respectable, le grand succès espéré n’est pas au rendez-vous.

Plusieurs facteurs l’expliquent. Dans le contexte de Mai 68 et des mouvements de contestation de l’époque, la 2CV devient soudain un véritable manifeste automobile. Certains conducteurs de Deuche envisagent certes de passer à la Dyane, attirés par sa technique plus moderne et ses freins à disque avant, mais beaucoup restent fidèles par conviction au modèle originel.

Citroën Dyane

Citroën Dyane

Image : Citroën

Citroën Dyane

Citroën Dyane

Images de : Citroën

Lorsque Citroën équipe aussi la 2CV, à partir de 1970, du moteur le plus puissant de la Dyane, l’un des principaux arguments d’achat du nouveau modèle disparaît. Et pour ceux qui souhaitent réellement monter en gamme et gagner en polyvalence au quotidien, la Renault 4 offre, pour un budget comparable, un véritable moteur quatre cylindres.

Le châssis de la Dyane laissera toutefois une empreinte durable dans la culture des loisirs, puisqu’il servira de base à la Méhari, petit engin de plage à carrosserie en plastique présenté en 1968 et réduit à l’essentiel.

L’héritage utilitaire : la naissance de la Deuche fourgonnette

Parallèlement au développement de ses voitures particulières, la branche utilitaire de Citroën possède déjà une longue tradition. L’idée de construire un petit véhicule de transport sur le châssis de la 2CV remonte à la fin des années 1940. En 1951 apparaît la première « 2CV Fourgonnette ». Il s’agit, pour l’essentiel, d’une Deuche modifiée à l’arrière afin de recevoir une caisse fonctionnelle capable d’emporter 250 kg de charge utile.

Le petit utilitaire rencontre immédiatement le succès. Au fil des années, Citroën augmente progressivement la puissance et la capacité d’emport : la cylindrée passe peu à peu des 375 cm3 d’origine jusqu’à 602 cm3, tandis que la charge utile progresse de 250 kg à 400 kg sur les dernières versions du type AK400.

1977-1978 : le passage à l’Acadiane

En 1977, la décision est prise de moderniser la Deuche fourgonnette vieillissante. La carrosserie de la Dyane, plus récente, est alors choisie comme base technique et stylistique. Sa naissance relève presque de la légende : un premier prototype est construit dans la plus grande discrétion puis confié à un client professionnel exploitant plusieurs fourgonnettes 2CV. Le lendemain matin, au moment où les chauffeurs s’apprêtent à partir en tournée, l’un d’eux découvre un véhicule entièrement nouveau : l’Acadiane, comme le modèle sera baptisé.

Citroën Acadiane

Citroën Acadiane

Image de : Citroën

Le conducteur est séduit : une planche de bord nouvelle et plus fonctionnelle, un pare-brise nettement plus grand pour améliorer la visibilité, ainsi que des portes latérales plus larges avec vitres descendantes apportent un vrai progrès. Le volume de chargement atteint désormais 2 270 litres, et la charge utile passe de 400 à près de 500 kg. Pour supporter cette masse supérieure, l’Acadiane reçoit des pneus Michelin plus larges en 135-15 ZX, au lieu des 125-15 X utilisés sur la Dyane et la 2CV.

La mécanique bénéficie elle aussi d’un réglage spécifique : le bicylindre de 602 cm3, désigné AYU, développe 30 ch DIN et offre une courbe de couple adaptée aux contraintes d’un usage professionnel intensif. Avec une vitesse maximale de 100 km/h, le petit utilitaire se montre suffisamment alerte. La sécurité est assurée par des freins à disque à l’avant et, à partir de 1980, par un correcteur automatique de freinage à l’arrière, asservi à la charge.

Dix ans de succès à contre-courant

L’homologation de l’Acadiane intervient en mai 1977, avant sa commercialisation officielle en janvier 1978. Le véhicule devient rapidement l’outil rêvé des artisans et des prestataires de services : fleuristes, électriciens, peintres, coursiers ou laitiers apprécient ce petit fourgon simple, maniable et pratique. Lorsque Citroën présente en 1984 la version fourgonnette de la Visa, le C15, nettement plus imposant, celle-ci est censée prendre la relève de l’Acadiane.

Citroën Acadiane Oasi

Citroën Acadiane Oasi

Citroën Acadiane Oasi

Citroën Acadiane Oasi

Image de : Citroën

Images de : Citroën

Mais la clientèle résiste : de nombreux fidèles continuent de réclamer l’Acadiane. Le modèle restera ainsi au catalogue officiel jusqu’au second semestre 1987. Avec plus de 250 000 exemplaires produits, l’Acadiane affiche une carrière de dix ans exactement et prouve que la Dyane aura finalement écrit sa propre success story dans l’univers des utilitaires.

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