Il a dû rentrer en Inde...

Les restructurations et les licenciements qui vont avec se font nombreux chez General Motors, mais l'arrêt du contrat de Hemanth Kappanna n'est pas anodin. Pourtant, l'homme est l'une des 4000 personnes ayant perdu leur emploi au sein du groupe automobile cet hiver, mais il est surtout l'un des trois ingénieurs ayant mis en lumière le scandale du Dieselgate, il y a cinq ans. 

Hemanth Kappanna était installé aux États-Unis depuis 17 ans, d'abord pour ses études, puis pour son métier. Une fois son doctorat terminé, il avait en effet rejoint General Motors ou il était impliqué dans la communication entre le groupe et l'agence de protection de l'environnement américaine, au sujet des émissions des véhicules et de leurs technologies. 

C'est durant ses études à la West Virginia University, reconnue pour ses recherches sur les émissions polluantes dans le secteur de l'automobile, qu'il a répondu à la demande d'une expérimentation pour décrocher des subventions de l'International Council on Clean Transportation (ICCT), une ONG indépendante qui mène des recherches sur les transports. La mission précise était de tester les émissions polluantes des voitures allemandes vendues en Amérique du Nord, avec à la clé une subvention de 70'000 dollars, que l'université a touché, vu le retentissement des travaux de Kappanna.

Un travail étudiant qui mènera au Dieselgate

Le travail de recherche a été effectué par ce dernier, ainsi que par Marc Besch et Arvind Thiruvengadam, des ingénieurs suisse et indien, eux aussi aux États-Unis pour valider leur doctorat. Pour tester les émissions réelles, et ne pas se contenter d'un passage sur un banc d'essais, ils ont vissé le matériel de mesure des émissions sur une plaque de contre-plaqué qui a ensuite été installée à l'arrière de la voiture. Il n'a pas fallu longtemps, en l'absence du logiciel détectant les conditions de banc d'essai pour réduire la puissance et donc les émissions, pour que les résultats crèvent les seuils officiellement communiqués par le constructeur.

Sans le savoir, ils venaient de mettre la première pierre à l'édifice qui deviendrait plus tard le Dieselgate, l'un des plus gros scandales de l'Histoire de l'automobile, impliquant le groupe Volkswagen. Besch fut chargé de présenter leurs résultats à une conférence entre experts sur les émissions, à San Francisco. Leur rapport d'étude n'accusait évidemment pas directement la firme allemande, mais ce fut assez pour que l'agence de protection environnementale et l'agence pour la qualité de l'air de Californie s'alarment des chiffres exposés devant elles. Cinq ans plus tard, le scandale coûte toujours très cher à Volkswagen, et pourrait aussi coûter cher à l'ex-PDG du groupe, Martin Winterkorn.

Pour Hemanth Kappanna, la suite se passa donc chez General Motors, où il devait rendre des comptes aux autorités au sujet des émissions des voitures produites par le géant américain, alors que les normes se font de plus en plus strictes. Il ne sait pas s'il a pu être considéré comme trop zélé par son ancien employeur, ce qui aurait pu pousser à son licenciement, après lequel il a touché deux mois de salaire et a eu son billet retour vers l'Inde payé par l'entreprise.

"Ils m'ont juste laissé partir", a déclaré Kappanna, selon des propos rapportés par le New York Times. Celui qui est "sceptique quant à [son] adaptation" à son retour en Inde se dit que General Motors aura pu le considérer comme trop amical avec les autorités. "Ils auraient certainement pu me considérer comme quelqu'un de partial, je ne peux pas vraiment dire". De son côté, le constructeur a nié que ce licenciement ait un lien avec son passé lié au Dieselgate.

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