15'000 départs, deux usines sur la sellette, réorganisation de la production et de l'outil industriel. Tout ça pour économiser deux milliards d'euros.

La crise sanitaire n'a pas aidé Renault, qui était déjà mal en point après l'affaire Carlos Ghosn. Donc, après avoir enchaîné coup dur sur coup dur, le groupe se retrouve dans une position fort peu enviable. En réponse à ça, la multinationale a annoncé un plan d'économie des plus stricts.

Ce plan comporte trois grands axes sur lesquels Renault va diminuer les coûts. Le plus durement touché est le département ingénierie, qui devra réaliser pas moins de 800 millions d'euros d'économies sur trois ans. Ensuite le département des fonctions supports (comme le marketing par exemple) devra réaliser 700 millions d'euros d'économies

Et enfin on retrouve la plus petite coupe, mais celle qui aura le plus de conséquences sociétales, puisqu'il s'agit de la production qui doit réaliser 650 millions d'euros d'économies. Renault affirme que les départs ne seront pas des licenciements secs, mais des départs volontaires.

Parmi les 15'000 employés sur la sellette, 4600 travailleurs des usines françaises sont concernés. Renault s'est cependant bien gardé d'expliquer les modalités et le fonctionnement de cette incitation au départ.

Le secteur le plus touché reste l'ingénierie et la R&D. Chaque marque de l'Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi se voit attribuer un secteur de prédilection. Renault s'occupe des véhicules de la plateforme CMF-B (ClioCapturJuke) et des véhicules utilitaires, Nissan s'occupe de la plateforme 100 % électrique CMF-EV (pas encore de modèles au catalogue) et de la CMF-C/D (Koléos, Kangoo, KadjarQashqaiX-Trail, ...) et enfin Mitsubishi se charge de développer les technologies hybrides rechargeables pour les deux autres marques. 

Tout ceci ayant pour but de rationaliser la production, éviter les doublons et surtout faire baisser de manière drastique les coûts de développement.

Usine Renault Sandouville

Autre résultante de cette obligation d'économie, le groupe va se souder d'avantage en diminuant le nombre de plateformes (en passant de treize à quatre d'ici à 2026), mais aussi en diminuant le nombre moteur et de modèles, sans oublier de diminuer le nombre de sous-traitants et le nombre de composants par voiture.

Les usines du groupe, qu'elles soient en France ou ailleurs dans le monde, vont subir de grands changements. Les projets qui devaient augmenter les capacités de production des usines marocaines et roumaines dans les mois à venir, vont finalement rester en stand-by. Une étude des capacités de production des usines russes de Moscou et de Togliatti va être menée pour savoir si elles ont atteint leur plein potentiel ou pas. Enfin, les usines de boîte de vitesses verront leur production rationalisée en fonction de la production de voitures.

Usine Renault

Mais les changements qui nous intéressent concernent les quatre sites français de Renault. L'usine de Douai va devenir à partir de 2021 l'usine principale du groupe. Et comme l'Espace, le Scénic et la Talisman ne sont pas renouvelés, il y aura davantage de chaînes de productions libres pour rapatrier des modèles en France.

L'usine de Maubeuge va se spécialiser dans les utilitaires, notamment en devenant l'usine principale du prochain Kangoo, mais aussi du Mercedes-Benz Citan. Cependant, tout n'est pas rose pour l'usine puisque Maubeuge ferait déjà face au départ volontaire de près de 5000 employés. Une idée qui ne plaît pas du tout au maire de la ville nordiste en affirmant que "c'est l'usine Renault la plus performante d'un point de vue rentabilité".

L'usine de Choisy-le-Roi va fermer au profit de la sauvegarde de l'usine de Flins qui cessera de produire des voiture après la fin de la Zoé et s'occupera de prendre le relais de Choisy-le-Roi en faisant de la réparation de moteurs et de boîtes de vitesses. Enfin, le sort de la fonderie de Caudan est encore incertain.

L'usine de Cléon devrait se transformer en usine de fabrication de moteurs électriques pour l'usine de Douai. Mais qu'en est-il d'Alpine ?

Usine Renault Alpine Dieppe

L'usine de Dieppe est en très mauvaise posture, à tel point qu'elle ne produira plus de voiture après l'A110 actuelle, ce qui lui laisse jusqu'à 2023 environ. La prochaine génération d'A110 sera produite sur un autre site, pour l'instant inconnu, mais il y a fort à parier que ce soit Douai, qui sort mathématiquement du lot : seule usine française à produire des voitures normales sans spécialisation dans les utilitaires ou les électriques. Ou bien Renault prépare une foudroyante surprise avec la future Alpine. À l'international, Renault abandonne la Chine en laissant sa place à Nissan.