Tesla déclare la guerre à Nvidia dans le domaine de l'intelligence artificielle
La société souhaiterait commercialiser d’énormes centres de calcul pour l’IA appelés Megapod. Le marché offre d’immenses opportunités de croissance.
Aux États-Unis, d’étranges dépôts de brevets Tesla ont fait surface autour d’un nouveau produit baptisé Megapod. Il s’agirait d’un matériel modulaire destiné aux centres de données pour l’intelligence artificielle, que la marque n’a pas encore présenté officiellement mais qu’elle semble vouloir commercialiser.
La documentation décrit un système informatique complet et autonome pour des charges de travail d’IA, et elle intervient à moins d’un an de l’abandon de Dojo, l’unique ordinateur interne de Tesla dédié à l’entraînement de systèmes d’intelligence artificielle.
Qu’est-ce que le Tesla Megapod ?
Selon les documents déposés auprès de l’Office américain des brevets et des marques (USPTO), la demande d’enregistrement de Megapod (numéro de série 99893717) serait déposée au titre de « l’intention d’usage », ce qui signifie que Tesla revendique le nom pour un produit qu’elle n’a pas encore lancé sur le marché.
La description des biens et services est inhabituellement précise pour ce qui, à ce stade, n’est qu’une marque déposée. Le Megapod comprend des « systèmes matériels modulaires pour data centers destinés au calcul de l’intelligence artificielle, composés de serveurs, de matériel de traitement de données IA, d’équipements réseau, d’unités de distribution d’alimentation et de systèmes de refroidissement ».
Le dépôt couvre aussi des « systèmes matériels de calcul modulaires autonomes pour des charges de travail d’intelligence artificielle », des plateformes intégrées vendues comme une seule unité (un seul châssis regroupant calcul, distribution électrique et refroidissement) ainsi que des logiciels téléchargeables pour surveiller, gérer et optimiser ces systèmes.
En clair : Tesla veut vendre un kit complet pour des data centers dédiés à l’IA. Pas une batterie, pas une simple puce, mais l’ensemble serveurs, réseau, alimentation et refroidissement nécessaire à l’entraînement et à l’inférence de l’IA.
Y a-t-il encore de la place pour Elon Musk ?
Le problème, c’est que ce marché dispose déjà d’un produit dominant, et ce n’est pas celui de Tesla. Le GB200 NVL72 de Nvidia constitue aujourd’hui la référence en matière de calcul IA modulaire : un système en rack refroidi par liquide qui intègre 72 GPU Blackwell et 36 CPU Grace, et se comporte comme une seule GPU gigantesque.
Et Nvidia n’est pas seule. Dell, par exemple, fabrique son PowerEdge XE9712 sur la même plateforme, et Supermicro commercialise un produit similaire baptisé GB200 NVL72 SuperCluster. C’est le secteur dans lequel viendrait s’insérer Megapod : des systèmes en rack déjà bien établis, refroidis par liquide, produits par l’entreprise dont les puces alimentent pratiquement tous ces ensembles.
La conduite autonome de Tesla pourrait justement exploiter les Megapod pour traiter les données
Il existe même un problème de dénomination. Submer, une entreprise spécialisée dans le refroidissement par immersion, commercialise déjà un produit littéralement appelé « MegaPod » : un « data center dans une boîte » préfabriqué de 12 mètres, refroidi par immersion, avec une puissance nominale allant jusqu’à 800 kW. L’entreprise détient donc la marque déposée MEGAPOD dans une catégorie connexe. La demande de Tesla vise une autre catégorie (matériel informatique), mais le nom n’est ni original ni à l’abri de contestations.
Tesla ne vend pas de puissance de calcul, elle en achète
Autre difficulté : Tesla ne dispose pas d’une activité de vente de matériel informatique sur laquelle s’appuyer. Le cluster d’entraînement IA de Tesla, Cortex, situé à la Gigafactory au Texas, repose sur environ 67 000 GPU équivalents aux Nvidia H100. Autrement dit, Tesla est un client de Nvidia, pas un concurrent qui proposerait un matériel alternatif. Du moins, pour l’instant.
Système de stockage d’énergie Tesla Megapack
Par ailleurs, le bilan de Tesla en matière de matériel IA propriétaire est pour le moins fragile. L’entreprise a abandonné le supercalculateur Dojo en août 2025, Elon Musk qualifiant la conception de Dojo 2 d’« impasse évolutive » après le départ d’une grande partie de l’équipe. Tesla a ensuite misé sur les puces AI5 et AI6, mais AI5 a accusé près de deux ans de retard sur la feuille de route, et AI6 environ six mois en raison des difficultés de la ligne de production 2 nm de Samsung, repoussant la production de masse à la fin de 2027.
Le véritable enjeu économique de Tesla dans l’univers des data centers pour l’IA se situe dans l’énergie, pas dans la puissance de calcul. Ses solutions de stockage Megapack et le nouveau Megablock sont vendus aux data centers IA comme des systèmes de stockage pour le réseau électrique : la propre xAI de Musk a acheté des Megapack pour environ 1 milliard de dollars afin d’alimenter ses sessions d’entraînement.
Cela dit, Tesla ambitionne aussi de devenir un acteur de premier plan dans des domaines comme la conduite autonome et la robotique. Même si l’entreprise a déjà commis des faux pas par le passé, rien n’exclut que ce Megapod puisse aboutir à une offre compétitive. Pour l’heure, il ne reste qu’à attendre la suite après ces dépôts.
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