Batterie au sodium : la Chine accélère sur les véhicules utilitaires
Des coûts proches des LFP à la ligne de 2 GWh de Hina Battery : le sodium vise les camions, le fret fluvial et la logistique hivernale.
Les batteries au sodium ne sont plus de simples prototypes de laboratoire : en Chine, les grands acteurs commencent à bouger, y compris dans l’univers des véhicules utilitaires électriques. Le 8 juillet 2026, lors des prix nationaux pour la science à Pékin, la technologie sodium-ion a été mise en avant, avec l’attribution de la plus haute distinction scientifique nationale à Chen Liquan pour ses contributions historiques à la production de cellules.
En toile de fond, un message clair adressé à l’industrie automobile : diversifier les chimies afin de réduire la dépendance aux matières premières importées.
Le sodium au centre du débat : l’appel de Chen Liquan à l’industrie automobile
Selon Car News China, lors de la cérémonie des prix scientifiques nationaux à Pékin le 8 juillet 2026, les batteries sodium-ion ont été présentées comme l’une des pistes les plus concrètes pour répondre aux difficultés d’approvisionnement en matières premières. Dans ce contexte, la distinction remise à Chen Liquan avec le National Highest Science and Technology Award s’est accompagnée d’un appel direct au secteur automobile pour accélérer le développement de technologies alternatives aux cellules aujourd’hui dominantes. L’objectif affiché est d’alléger la pression sur les ressources mondiales, en construisant des solutions « locales » qui rendent les chaînes d’approvisionnement des constructeurs moins vulnérables.
Au cours de l’événement, les présentations ont mis en avant de nouvelles techniques de production et des plateformes optimisées pour les charges lourdes et la logistique, conçues pour utiliser des matériaux régionaux largement disponibles.
Concrètement, l’idée est de réduire le poids des goulets d’étranglement internationaux dans une filière qui, dans le secteur des véhicules à énergie nouvelle, reste encore fortement dépendante de l’étranger. En parallèle, la construction de chaînes d’approvisionnement domestiques est encouragée, afin de soutenir des volumes élevés même dans un contexte commercial mondial plus instable.
Autonomie industrielle et chimies alternatives comme « ancre » du secteur
Dans sa vision, Chen lie la compétitivité industrielle à la capacité de développer une innovation sur les matériaux, et non à la simple adoption de technologies étrangères. Son discours souligne que la véritable sécurité industrielle passe par une réduction de la dépendance aux minerais importés : moins de vulnérabilité sur les matières premières signifie davantage de stabilité pour la production de véhicules électriques, en particulier dans les segments à fort volume. Le message est clair : tant que les chaînes d’approvisionnement resteront déséquilibrées au profit de l’étranger, l’industrie des véhicules à énergie nouvelle risque de subir les chocs des marchés mondiaux.
Selon cette logique, accélérer les programmes de batteries alternatives n’est pas seulement un choix technologique, mais aussi un moyen de protéger la continuité de production des usines sur le long terme. Les chimies alternatives sont décrites comme une « ancre de stabilisation » pour l’ensemble du secteur automobile, capable d’absorber une partie de la volatilité liée aux matériaux les plus critiques. Dans cette perspective s’inscrit la poussée en faveur des cellules au sodium, qui promettent d’utiliser des matériaux plus abondants et moins exposés aux tensions géopolitiques, en particulier pour les applications où la priorité n’est pas la densité énergétique maximale.
Du laboratoire à l’usine : anodes carbone et coûts proches des LFP
Pour que ces technologies alternatives puissent réellement peser sur le marché des véhicules électriques, il faut toutefois passer à l’échelle industrielle. Le communiqué souligne que la montée en puissance des cellules non conventionnelles exige un changement dans les matériaux de base, avec pour objectif de contourner les réseaux commerciaux mondiaux les plus volatils. Parmi les étapes clés figure l’extension, par les fournisseurs industriels, des anodes en carbone pour batteries au sodium, appelées à remplacer le graphite synthétique plus coûteux. Ce basculement vers des ressources carbonées locales vise à protéger les marges des batteries destinées aux segments de véhicules les plus abordables.
Les essais cités dans le communiqué indiquent que les cellules alternatives produites en série se rapprochent des coûts des batteries lithium-fer-phosphate (LFP) plus traditionnelles. Des données officielles indiquent que les cellules au sodium développées par CATL-Changan ont atteint un coût de production de 0,051 dollar par wattheure. Ces mêmes packs batteries affichent une densité énergétique de 175 Wh/kg, un niveau présenté comme suffisant pour alimenter des véhicules utilitaires lourds. Sur un marché où le coût par kWh est souvent plus déterminant que l’autonomie maximale, ces paramètres commencent à devenir compétitifs.
Hina Battery, camions et fret sur le Yangtsé : où le sodium trouve sa place
Une partie du communiqué est consacrée à la manière dont ces technologies commencent à se traduire en installations bien réelles. Hina Battery, basée à Wuhan, est présentée comme l’un des acteurs qui amènent les solutions au sodium sur le marché.
L’entreprise construit une ligne de production de 2 GWh dédiée à des packs batteries au sodium, destinée à servir à la fois les opérations de transport commercial locales et une flotte de 115.000 navires de fret opérant le long du fleuve Yangtsé. Un scénario qui place le sodium au premier plan surtout dans la logistique, où la robustesse du système compte davantage que la recherche du dernier kilomètre d’autonomie.
Un autre point mis en avant concerne la gestion des basses températures, un enjeu classique pour les batteries des véhicules exploités en hiver. Selon les données fournies, ces packs au sodium conservent un taux de rétention de capacité de 90 % à -20 °C, un résultat présenté comme une réponse aux baisses de performances constatées en hiver sur les véhicules utilitaires Dongfeng. Pour les camions et engins de travail opérant dans des régions froides, la combinaison de coûts contenus et d’une bonne tenue aux basses températures pourrait ouvrir des perspectives intéressantes, en particulier sur les marchés où la demande de véhicules utilitaires électriques progresse.
Parts de marché : CATL domine, mais l’attention se porte sur les alternatives
L’état du marché présenté dans le communiqué montre que ces initiatives autour des batteries au sodium et des chimies alternatives s’inscrivent encore dans un contexte dominé par les grands acteurs du lithium. Selon les données de China EV DataTracker pour mai 2026, CATL mène le marché avec 33,08 GWh d’installations de batteries et une part de 46,7 %. Suit BYD avec 11,87 GWh et 16,8 %. Le reste du classement comprend des fournisseurs tels que Gotion High-tech, Calb, Eve Energy et Rept Battero avec des parts comprises entre 6,3 % et 3,7 %, tandis que les positions restantes sont occupées par Zenergy, Sunwoda, Energee et LG Energy Solution.
Dans cette répartition, l’orientation vers des technologies de batteries alternatives est décrite comme un élément destiné à sécuriser l’approvisionnement en composants pour les prochaines générations de véhicules.
L’accent mis sur le sodium et sur des matériaux plus faciles à se procurer vise à réduire l’exposition aux fluctuations de prix et aux éventuelles restrictions commerciales sur les minerais les plus critiques. Pour ceux qui observent l’avenir des batteries au sodium dans les véhicules électriques, ces choix industriels et politiques suggèrent que la question n’est plus de savoir « si » le sodium arrivera sur les routes, mais plutôt « où » et « dans quels délais », avec les segments utilitaires et logistiques en première ligne.
RECOMMANDÉ POUR VOUS
Batterie : Huawei change tout avec la nouvelle plateforme Luterra
La Chine prépare l’interdiction des voitures essence et diesel
Chery brevète des batteries solides de 600 Wh/kg pour voitures électriques
Nissan fête les 4 millions de Qashqai vendus en Europe
Geely dépasse 1 MW de recharge : batterie record pour les électriques
La Jaguar Type E est de retour
BYD augmente la production de batteries LFP (économiques)