L'entreprise l'a annoncé sur les réseaux sociaux hier soir.

La crise sanitaire qui secoue le monde entier n'épargne pas grand monde, surtout pas les constructeurs automobiles qui doivent, en plus de ça, conjuguer avec des normes toujours plus drastiques. Si les mastodontes de l'industrie s'en sortent quasiment tous avec des investissements colossaux, les plus petites marques sont plus en difficulté, surtout quand aucun grand groupe n'est derrière pour les soutenir.

En France, il existe quelques petits constructeurs de ce genre, le plus réputé étant sans doute Secma, une marque venue du nord de la France qui propose des petites voitures de sport mettant l'accent sur l'aspect plaisir.

Les débuts de MPM Motors

Depuis 2015, il y a aussi MPM Motors, une marque créée en France, à Croissy sur Seine, dans les Yvelines, par Oleg et Igor Paramonov, les fils de l'industriel Mikhaïl Paramonov qui ont grandi en France. Ils décidèrent d'y lancer la marque, en hommage à leur père, Mikhaïl Paramonov Manufacturing soit MPM.

L'aventure débute par les bases du modèle "Aquila", un projet laissé en friche et qui n'avait jamais eu les moyens de son potentiel, développée en Corée du Sud avec un commencement de production en Europe de l'Est. En janvier 2016, MPM ouvre sa première chaîne de production dans l'agglomération Saint-Quentin-en-Yvelines, permettant ainsi la création de nombreux emplois dans la région.

MPM PS160
MPM Motors Erelis

MPM propose un seul modèle, la PS160, une voiture qui sera par la suite renommée "Erelis". À la base, elle embarquait un bloc quatre cylindres 1,6 litre atmosphérique d'origine Mitsubishi. Trop polluant, même il y a quelques années, la PS160 était affublée du malus maximal en France, c'est-à-dire 10'500 euros. Le prix final après immatriculation ressortait donc à 23'490 euros. Un tarif totalement en désaccord avec la philosophie de la voiture et du constructeur.

Au moment de son changement de nom, l'Erelis change aussi de moteur et adopte le trois cylindres essence 1,2 litre PureTech de 130 chevaux du groupe PSA. Celui-ci est indexé à une boîte manuelle à six rapports également issue de chez PSA. Grâce à ce partenariat avec le groupe français, l'Erelis se passe de malus. Et même si son prix de base augmente par rapport à la PS160 (à partir de 16'490 euros), elle reste toutefois plus avantageuse financièrement parlant que sa devancière et son malus maximal.

Avant sa liquidation judiciaire, MPM Motors travaillait sur d'autres produits, dont un "SUV finalisé à 95 %" annonce la marque sur les réseaux sociaux, accompagnant son commentaire du visuel ci-dessous.

MPM Motors Vultur

Une descente aux enfers de deux ans

Malheureusement, les difficultés se sont accumulées pour MPM ces dernières années. Depuis le début de l'année, avec la crise sanitaire, la marque n'a vendu que huit véhicules en France. En 2019, l'Erelis avait trouvé 40 acquéreurs français sur l'année. Mais ça n'allait déjà pas très bien à cette époque, l'entreprise MPM Company a été placée en redressement judiciaire en février 2019 et est en cessation de paiement depuis le 7 août 2017.

La marque, qui emploie plus de 200 personnes dans la région de Trappes, dans les Yvelines, là où sont produites les voitures, a donc annoncé sur les réseaux sociaux, hier soir, la fin de l'aventure et le placement en liquidation judiciaire de la société.

Le communiqué

"C'est avec une immense tristesse et le cœur lourd que je vous annonce l’arrêt définitif de MPM Motors.

Après une descente aux enfers de 2 ans, sans aucune aide de l'état ou des autorités politiques et administratives locales, nous ne sommes malheureusement plus en mesure de survivre.
Cette aventure de 6 ans aura été hors normes à tout point de vue, humainement - avec des collaborateurs d'une trentaine de nationalités, des MPM expédiées dans le monde entier - et techniquement avec une usine de production française entièrement manuelle qui a fait travailler jusqu'à 200 personnes.

C'est aussi largement grâce à vous que nous avons pu aller aussi loin, à travers nos succès et nos erreurs, nos qualités et nos défauts, que la communauté autour du projet s'est construite et a toujours été présente et dynamique.

Notre réseau de concessionnaires et tous les partenaires qui nous ont suivi dans cette folle aventure y sont aussi largement pour quelque chose, pour cela nous ne les remercierons jamais assez.

Beaucoup de projets resteront donc sans suite, le SUV (développé à 95 % et sur le point d'être prototypé), la nouvelle berline et sa déclinaison break de chasse, la petite électrique citadine (aussi en cours de prototypage) etc, ne verront à priori pas le jour sous le nom MPM (s'ils doivent un jour devenir réalité).

Je sais et partage votre déception et vos frustrations à l'annonce de la disparition de ce jeune constructeur automobile Français mais nous ne pouvons plus rien y faire malheureusement.

Je sais que beaucoup d'entre vous se posent maintenant énormément de questions en me lisant et je vais tenter ici de répondre aux principales.

Comment cela va se passer dans la pratique et dans les semaines et les mois à venir ?

  • MPM Motors va être placé en liquidation.
  • Le SAV ne va très vite plus être opérationnel.
  • Les quelques véhicules de clients étant encore en SAV devront être récupérés par leur propriétaire dans les plus brefs délais.
  • Avant le 10 décembre 2020 à l'usine sur rendez-vous avec le SAV.
  • Après le 10 décembre 2020, il faudra entrer en contact avec le liquidateur et lui présenter les preuves de propriété de votre véhicule pour pouvoir venir le chercher. (Bien entendu ces quelques clients concernés seront contactés par le SAV dès demain matin pour s'organiser)
  • Attention ! Les véhicules qui resteront sur place après 3 mois (à compter du 10 décembre 2020) seront vendus par le liquidateur et MPM ne pourra rien n'y faire, car la société n'existera plus.
  • Pour les pièces détachées, sachez qu'il en reste beaucoup, lors d'une liquidation, les biens de l'entreprise sont vendues aux enchères (nous vous donnerons tout ce qu'il faut savoir, dates, heures, modalités et autres, à la minute où nous aurons les informations), (la totalité des biens, machines, équipements, fournitures etc... seront aussi mis aux enchères en même temps).
  • La vingtaine d'employés restant seront placés en licenciement économique et ne pourront donc plus travailler à leurs postes respectifs.
  • Nous ne pourrons communiquer les coordonnées du liquidateur qu'une fois la liquidation prononcée et pas avant.

C'est à la fois avec ce constat d'échec et cette grande fierté d'avoir été là, à la naissance, au cœur et pour finir au chevet de cette aventure automobile incroyable que je vous écris aujourd'hui pour tirer notre révérence."